Projet lauréat – Chevalier Morales / Luc Plamondon
Le projet lauréat est celui de la firme Chevalier Morales / Luc Plamondon. Il séduit par la clarté du concept et le caractère inattendu des stratégies proposées. Les concepteurs ont fait le pari audacieux de projeter en-dehors du bâtiment existant, dans un volume annexe ajouté, certains éléments du programme, dans le but de dégager le plus vaste espace possible au coeur de la Maison de la littérature. Les bénéfices d’une telle stratégie sont très bien exploités et ce, à plusieurs égards.
La Maison de la littérature devient un véritablement un lieu de rencontre, qui prend racine autour du bistro littéraire surmonté d’un espace dégagé, reprenant à la fois l’esprit de la vocation cultuelle du bâtiment d’origine et de la fonction théâtrale qui a suivi. Le bistro s’exprime ainsi comme un élément clé du projet, conformément aux intentions exprimées dans le programme. Sur ce point, la prestation est, de loin, la plus convaincante du lot. Aménagé en prolongation de l’espace urbain et en contact immédiat avec l’entrée, le bistro devient le lieu d’articulation des autres espaces publics.
Les accès et circulations des différents usagers sont habilement planifiés. La répartition des fonctions offre une grande flexibilité d’occupation et un fort potentiel d’adaptation pour les années à venir et ce, sans compromettre la majesté du volume principal ni l’intégrité du bâtiment existant. Ce dernier est peu touché par les travaux, grâce à l’annexe qui le décharge d’interventions lourdes.
L’annexe contribue à donner un visage contemporain à L’Institut Canadien, mettant en évidence la création littéraire et ses divers dispositifs. La complémentarité du petit volume ajouté (pensé comme une lanterne urbaine) et du vaste espace du temple (éclairé de l’intérieur par un luminaire très théâtral) pourrait produire un effet saisissant, tant en ce qui a trait aux perceptions immédiates qu’aux l’interprétations de cette manière d’intervenir sur le patrimoine bâti. Le projet déborde ainsi de ses besoins propres, pour engager un dialogue avec son milieu.
La scénographie, inspirante, s’inscrit en support à l’architecture, laquelle n’est pas dépendante des dispositifs scénographiques, mais en tire profit. Les rapports architecture / scénographie sont cohérents, ouverts et équilibrés, laissant présager plusieurs déploiements possibles. Le traitement neutre des surfaces intérieures offre la perspective d’une ambiance sereine et enveloppante, en contraste avec le caractère austère actuel. Les contenus seront mis en valeur dans cet écrin blanc.
Le projet rencontre bien les objectifs de coûts et les superficies qui figuraient au programme.
Projet finaliste – Éric Pelletier / GSMPRJCT Daniel Brie
Bien que plus complexe que le projet précédent, à plusieurs titres, celui-ci a également capté
l’attention du jury, en raison notamment de la forte adéquation des concepts architecturaux et
scénographiques qu’il sous-tend et de la richesse des espaces, des parcours et des
expériences qu’il suggère. La présentation en audition a été particulièrement appréciée, mettant
en évidence les qualités des lieux créées, qui tiennent en partie à une scénographie
omniprésente. Les espaces sont riches et diversifiés, même poétiques par endroits.
Cette planification soignée a cependant un revers, celui justement d’être précise et de
conditionner très fortement l’aménagement, au point où le jury se demande comment il pourrait
évoluer. Tout est mesuré et calibré afin de produire les effets escomptés, dans une séquence
riche qui, en contrepartie, s’avère plutôt inflexible. Plusieurs dispositifs architecturaux et
scénographiques ont séduit certains membres du jury, par exemple le bistro littéraire en
suspension comme la scène de théâtre ou la chaire d’une église, mais pour d’autres, une telle
position en bout de parcours contredit l’intention exprimée dans le programme d’en faire le coeur
de la Maison de la littérature. Le bistro perd ainsi tout rapport immédiat avec l’espace public, en
extension de l’espace urbain. Aussi, le prolongement délibéré des parcours, bien qu’intéressant
du point de vue des découvertes, occasionne plusieurs inconvénients, dont celui de ne pas
pouvoir maximiser l’utilisation de l’espace. Le long tunnel qui conduit aux niveaux supérieurs,
depuis l’entrée, n’a pour sa part pas convaincu l’ensemble du jury, tous s’entendant pour dire
que les inconvénients d’un tel parcours, étroit et forcé, dépassent l’intérêt qu’il pourrait offrir au
plan des perceptions. Enfin, le renouvellement possible des expériences, considérant la
configuration prédéterminée de l’espace, a soulevé des questions pour lesquelles les réponses
n’apparaissaient pas évidentes.
En définitive, les efforts de ce finaliste pour mettre en scène la littérature sont fort louables et ont
été appréciés du jury, bien qu’ils aient conduit à une réponse plutôt rigide et complexe. Le jury
reconnaît également, dans ce projet, la reprise compétente des qualités de plusieurs
bibliothèques récentes qui mettent l’accent sur les découvertes séquentielles des espaces.
Paradoxalement, ces attributs rapprochent la Maison de la littérature de ces modèles, alors qu’il
était souhaité s’en éloigner.
Projet finaliste – Plante et Brière Gilbert / In Situ
Ce finaliste avait déposé, en première étape du concours, un dossier de candidature
particulièrement convaincant. La prestation déposée témoigne, à plusieurs titres, de l’expérience
du finaliste dans la conception d’espaces culturels aménagés dans des bâtiments existants. On
y trouve un foisonnement d’idées, qui ne semblent cependant pas encore stabilisées dans un
concept achevé, même si la prestation est particulièrement détaillée.
Le résultat a été qualifié de « complexe » et de « compliqué » par le jury, l’espace étant
fortement occupé par de nouvelles structures jugées spatialement envahissantes. L’analyse de
la prestation a révélé plusieurs contradictions ou, à tout le moins, soulevé des questions en ce
sens. Par exemple, si la forme émancipée des ajouts intérieurs appuie le thème de la « liberté »,
le jury considère les aménagements plutôt contraignants. Le « ruban », qui guide l’usager dans
la découverte des espaces de la Maison de la littérature, matérialise bien un fil directeur, mais il
n’arrive par à compenser le caractère labyrinthique des lieux. L’intention de générer une
verticalité spatiale est bien exprimée, mais il résulte, de la succession de grands plateaux
horizontaux, un espace plutôt fragmenté. Le jury se questionne aussi sur l’évolution possible des
lieux, considérant une telle fragmentation des espaces. Par ailleurs, il a été relevé que la gestion
des accès et des circulations des différents usagers de la Maison de la littérature s’avèrerait
assez difficile, occasionnant des coûts d’opération plus élevés.
Le caractère surchargé des planches accentue l’impression, selon le jury, qu’une synthèse
restait à trouver. Le dessin est compétent, mais suggère des tensions visiblement irrésolues.
Les petites perspectives sont apparues plus porteuses des qualités du projet que les grandes,
dont les ambiances ont été questionnées, plus particulièrement celle du bistro littéraire qui est
inspiré de la tradition anglaise. La galerie des portraits d’auteurs aurait eu une forte présence
dès l’entrée de la Maison de la littérature, mais le caractère plutôt permanent de l’installation a
conduit le jury à émettre des réserves à ce sujet.
L’aménagement du grand parvis a quant à lui été très apprécié du jury, qui a souligné l’intérêt
d’une telle ouverture de la Maison de la littérature sur la rue, en extension du hall d’entrée.
Projet finaliste – Ramoisy Tremblay / Moment Factory
Comme la prestation lauréate, celle-ci propose de dégager le volume existant du temple
Wesley. « Le vide est créé : c’est le principe de l’évocation ». Le bistro, qui prend place au milieu
de la nef d’origine du temple sans y toucher, procure à la fois une lecture immédiate du volume
original et résout le problème des rapports constructifs entre l’ancien et le nouveau. Il y a là un
propos éminemment compatible avec l’esprit du lieu. Cette stratégie, moins invasive et plus
simple au plan spatial que celles des deux autres projets finalistes, permet à la fois la
préservation des acquis et un ouverture aux changements futurs.
Le choix de surélever le bistro littéraire s’accompagne toutefois d’au moins deux contraintes
majeures, qui ne semblent pas simples à résoudre selon le jury : a) la faible visibilité du bistro
littéraire vu en contreplongée depuis les autres fonctions et, par extension, depuis le hall
d’entrée et l’espace public; b) les difficultés de contrôler l’acoustique des lieux, dont les
problèmes sont amplifiées par l’ampleur du vide autour du bistro et par le plafond concave qui le
coiffe.
Du point de vue scénographique, le concept a soulevé de l’intérêt, mais aussi des discussions
au sein du jury. Le « marque-page » individuel présente, pour certains, une avancée
intéressante, en misant sur une technologie contemporaine, accessible et peu coûteuse. Les
usagers ne sont pas contraints par un aménagement particulier qui découle normalement d’une
approche scénographique plus traditionnelle, mais ils sont libres d’aller où ils veulent quand ils le
veulent, pour vivre leur propre expérience de la littérature. Pour d’autres, cette solution esquive
la question de la scénographie des lieux, la reléguant à un dispositif technologique qui n’est pas
particulier à la Maison de la littérature.
Du point de vue architectural, le concept a été jugé approprié au lieu, bien qu’un peu trop
conventionnel en rapport aux ambitions exprimées dans le programme de faire de la Maison de
la littérature un projet d’exception.