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Une ère de transformation (1867-1945)

Haro sur les fortifications!

Le 11 novembre 1871, quelque 1 000 soldats défilent dans les rues de Québec au son d’une fanfare qui joue Goodbye, Sweetheart, Goodbye et Auld Lang Syne. C’est le départ de la garnison britannique pour l’Angleterre. Elle est remplacée par la Batterie B, un premier noyau de l’armée régulière canadienne constitué de 6 officiers et 153 sous-officiers. À l’époque, plusieurs résidents se plaignent des différents ouvrages militaires qui font obstacle à l’expansion de la ville et à la circulation urbaine. Quelques portes tombent sous le pic des démolisseurs. Toutefois, l’entrée en poste du gouverneur général Lord Dufferin en 1872, combinée à l’intervention de certains citoyens désireux de préserver et de mettre en valeur les fortifications, met un frein à ces démolitions.


Dufferin Terrace and Chateau Frontenac, Quebec Terentenary, Keystone View Company, Juillet 1908, Archives de la Ville de Québec.

De la terrasse Durham à la terrasse Dufferin

En 1838, la terrasse Durham, longue d’une cinquantaine de mètres et large de 15 mètres, est construite face à l’actuel Château Frontenac. Quinze ans plus tard, elle est allongée de quelques dizaines de mètres en direction de la citadelle. En 1869, l’ingénieur et architecte Charles Baillairgé envisage de la prolonger pour répondre à l’affluence croissante des promeneurs. Ce projet rejoint tout à fait l’idéal du gouverneur, Lord Dufferin. Les travaux débutent en 1878. La terrasse est allongée d’environ 300 mètres et dotée de kiosques en fonte et en fer forgé.

Un hôtel du Parlement pour la capitale du Québec

1er juillet 1867. Québec devient la capitale de la province de Québec. Les parlementaires siègent au parlement-bureau de poste, qui s’avère très vite exigu. On envisage d’utiliser un vaste terrain longeant la Grande Allée pour édifier le futur parlement. Les travaux de construction de cet édifice, d’après les plans d’Eugène-Étienne Taché, débutent en 1877. Ils durent neuf ans.

De nouveaux acteurs économiques

Au début du 20e siècle, Québec est l’une des principales villes industrielles du Canada. On y compte 225 manufactures et ateliers. De leurs 10 000 travailleurs, plus de 4 000 évoluent dans le secteur de la chaussure. Les fabriques de corsets et de meubles, l’industrie du tabac, les usines de munitions pendant les deux grandes guerres, en plus du tourisme, contribuent à la renommée de la ville. Mentionnons aussi la mise en activité, en décembre 1927, de l’usine Anglo Canadian Pulp and Paper Mills (aujourd’hui Papiers Stadacona). Quelque 500 employés, manœuvres, gestionnaires et ingénieurs y travaillent à l’époque, sans compter les 2 000 hommes affectés à la coupe du bois.


Usine Dominion Corset, vers 1900, Archives de la Ville de Québec.

Histoire d’un succès : la Dominion Corset

Georges-Élie Amyot crée la Dominion Corset en 1886. Après quelques déménagements, il installe sa manufacture au coin des rues Dorchester et Charest, site actuel de l’édifice La Fabrique. La Dominion Corset devient vite le plus gros employeur de la ville et le plus important fabricant de corsets du Canada. En 1911, la compagnie produit 450 douzaines de corsets par jour, soit 9 corsets à la minute. En 1931, pas moins de 1 000 ouvrières y travaillent. Les produits sont vendus jusqu’en Afrique du Sud, en Amérique latine, en Angleterre, en Australie, en France et en Nouvelle-Zélande. Au décès du fondateur en 1930, le New York Times souligne la mort de ce «prominent member of the Winter colony».

Québec développe aussi le secteur des services, notamment le commerce de gros et de détail. On vient de toute la région pour y faire des emplettes.

Au secours des chômeurs

Québec n’échappe pas à la grande crise des années 1930. En décembre 1930, des statistiques révèlent l’existence de 7 150 chômeurs. Pour leur venir en aide, la Ville met en place une forme d’assurance chômage avant la lettre et amorce différents travaux publics, dont la construction du réservoir d’eau potable sous les plaines d’Abraham et celle de l’égout collecteur.


La rue Saint-Joseph au début du 20e siècle.
St, Joseph Street, Quebec, The Valentine & Sons' Publishing CO., Ltd. vers 1906-1918, Archives de la Ville de Québec.

Deux rues, deux réalités

Pendant les premières décennies du 20e siècle, dans le quartier Saint-Roch, la rue Saint-Joseph, bordée de 126 commerces et boutiques aux vitrines illuminées, de cabarets et d’hôtels, incarne l’américanité. Pas étonnant qu’elle soit surnommée «la Broadway de Québec»! La Grande Allée, lieu de résidence de la haute bourgeoisie, artère prestigieuse avec ses édifices aux divers styles architecturaux, est quant à elle surnommée «les Champs-Élysées de Québec».

Deux icônes touristiques

À la fin du 19e siècle, le président de la compagnie Canadien Pacifique souhaite «construire l’hôtel dont on parlera le plus dans le monde»: c’est le début de la construction de l’hôtel Château Frontenac, d’après les plans de l’architecte Bruce Price. Inauguré en 1893, l’hôtel est par la suite agrandi en 1897 et 1908, avant qu’on érige sa tour centrale de 18 étages en 1924.

Les possibilités d’accueil touristique de ce nouvel hôtel sont rapidement mises à profit : on tient le premier Carnaval de Québec à l’hiver 1894. Une vingtaine de comités coordonnent la fête. La Montmorency Electric Power promet d’éclairer le palais de glace, une véritable attraction en soi. Un programme-souvenir est tiré à 21 000 exemplaires. Le défilé réunit 100 chars allégoriques décorés aux couleurs de différents clubs de raquette, commerces, corps militaires et établissements scolaires. La fête est un véritable succès! Des gens d’affaires font de ces festivités d’abord présentées sporadiquement un événement annuel à partir de 1954, et introduisent Bonhomme comme ambassadeur.

Une ville en expansion

La population connaît à l’époque une forte croissance, passant, entre 1900 et 1931, de 69 000 à 150 000 habitants. La migration des ruraux vers la ville et les annexions de Saint-Sauveur (1889), Saint-Malo (1908), Limoilou (1909) et Montcalm (1913) expliquent cette progression.

S’installer à Limoilou


Carte postale : Avenue principale de la Paroisse Saint-François d'Assise (1re Avenue), Archives de la Ville de Québec.

La Quebec Land Company planifie le développement du «parc Limoilou», qui sera «par son site exceptionnel et par la disposition des rues et des avenues […] le plus beau quartier du Greater Québec», comme le mentionne Le Soleil du 11 juin 1910. Elle privilégie même les appellations Avenue et Rue pour imiter ce qui se fait à New York. Cette compagnie appuie sa campagne de promotion en incitant les acheteurs potentiels à «fuir les rues poussiéreuses, étroites et congestionnées du Vieux-Québec et à venir vivre au grand air».

Un poumon pour la basse-ville : le parc Victoria

À la fin du 19e siècle, le maire Simon-Napoléon Parent veut offrir un espace vert aux familles ouvrières de Saint-Roch et de Saint-Sauveur. En 1896, Québec aménage le «parc Parent», du nom du père du projet. Le lieu est sillonné de chemins étroits qui permettent d’admirer des centaines de fleurs. On y trouve aussi un restaurant et une tour d’observation. L’inauguration étant prévue pour 1897, année du 60e anniversaire du règne de la reine Victoria, le maire Parent demande au gouverneur général l’autorisation de nommer le site «parc Victoria». Plus de 20 000 personnes assistent à l’inauguration. D’abord lieu de détente, le parc acquiert un côté plus récréatif avec l’arrivée de l’œuvre des terrains de jeux, l’OTJ, qui installe balançoires et piscines en 1928. Dix ans plus tard, c’est l’érection du stade municipal.

Dévastatrice grippe espagnole

À l’automne 1918, une épidémie de grippe espagnole frappe à Québec, comme partout dans le monde. Elle fera 500 morts dans la capitale. Au plus fort de l’épidémie, le Bureau de santé ordonne la fermeture des théâtres, des écoles, des tavernes et même des églises, en plus de restreindre les heures d’ouverture des magasins.

Vive le progrès!


Édifice Cyrille Duquet, en 1899.
Photo : « St. John Street from Fabrique », Archives de la Ville de Québec.

Le téléphone

En 1878, à peu près en même temps que Graham Bell, l’horloger-joaillier inventeur Cyrille Duquet réussit à transmettre une conversation et même une audition de chant entre ses magasins de la rue Saint-Joseph et de la rue de la Fabrique. Précurseur, il établit une ligne téléphonique entre sa boutique et le couvent Jésus-Marie de Sillery, où étudie une de ses filles. On lui doit l’invention du combiné téléphonique qui réunit émetteur et récepteur. Duquet va céder ses brevets à la compagnie Bell Telephone of Canada qui, en 1880, ouvre un bureau à Québec et compte 79 abonnés.

La force électrique

En 1886, grâce au pouvoir hydraulique de la chute Montmorency, des lampes électriques à incandescence sont utilisées pour la première fois dans des résidences et des magasins, puis dans les rues et les places publiques l’année suivante. En 1897 apparaissent les tramways électriques.

La voiture « qui marche toute seule »


Automobiles à l'Exposition provinciale, Thaddée Lebel, 1925, Archives de la Ville de Québec.

C’est ainsi que les gens de Québec désignent l’automobile du dentiste Henri-Edmond Casgrain, premier propriétaire d’une auto au Québec : nous sommes en 1897. Sa voiture, une Léon Bollée d’environ 330 livres, peut atteindre trois vitesses: 5, 9 et 18 milles à l’heure. Pour faire le plein, Casgrain doit se rendre chez les vendeurs d’huile à lampe, les seuls à posséder de la gazoline. Et à l’époque, quiconque veut se procurer une auto se rend non pas chez un concessionnaire automobile comme on serait en droit de le penser, mais chez Joseph de Varennes, un commerçant qui s’affiche comme «marchand de bicycles, montres et bijouteries, et automobiles ». Vingt ans plus tard, plus de 10 000 autos circulent à Québec : des embouteillages sont même déjà signalés dans la rue Saint-Joseph!


Pont de Québec, vers 1906, Archives de la Ville de Québec.

La « huitième merveille du monde »

Ainsi qualifie-t-on le pont de Québec, de type cantilever (suspendu en porte-à-faux) et ayant la plus longue portée libre au monde. Les travaux débutent en 1900. Ils seront perturbés par deux catastrophes majeures. La première survient en 1907: la moitié sud du pont s’écroule, causant la mort de 76 personnes. La seconde, en 1916, voit l’effondrement de la partie centrale tuer 13 personnes. Une nouvelle travée centrale est installée un an plus tard. Le pont est finalement inauguré en 1919. Au total, 113 travailleurs y auront perdu la vie. D’abord réservé au train, le pont est ouvert à la circulation automobile en 1929.

Par la voie des airs


Dès 1929, un petit terrain d’aviation avait été établi à Québec pour l’exploitation d’un service de transport postal par la voie des airs en hiver, de Montréal à Rimouski, le long du fleuve Saint-Laurent.
Aéroport Bois-Gomin, W.B. Edwards In, 1937, Archives de la Ville de Québec.

À partir de 1920, l’aviation civile et commerciale est de plus en plus présente dans la région de Québec. Un premier aérodrome voit le jour en 1929 à Sainte-Foy, là où l’on trouve aujourd’hui Laurier Québec, Place Ste-Foy et le Centre hospitalier universitaire de Québec. L’aérodrome comprend une piste de terre battue de 1 067 mètres. Les avions sont tirés à bras d’homme depuis les hangars jusqu’à la piste. Pour assurer l’ouverture de l’aéroport l’hiver, le gouvernement du Québec entretient le chemin Saint-Louis jusqu’à l’aéroport en inaugurant les premiers chasse-neige. En 1939, un aéroport plus moderne est construit à L’Ancienne-Lorette : c’est l’actuel aéroport international Jean-Lesage.

Un premier gratte-ciel

En 1927, la compagnie Price Brothers projette de construire un édifice de 16 étages près du Château Frontenac pour installer son siège social. Ce projet suscite la controverse : d’un côté, les opposants à l’érection d’un gratte-ciel en plein cœur du Vieux-Québec; de l’autre, les partisans du progrès et de la modernité. Le conseil municipal accorde finalement le permis de construction en 1929. Inauguré en 1931, l’édifice Price rappelle l’Empire State Building de New York, construit à la même époque.

Allons à Expo Québec


Vue générale du parc de l'Exposition provinciale en 1917, 1917, Archives de la Ville de Québec.

Si la première exposition provinciale a lieu en 1854, c’est avec la formation de la Compagnie de l’exposition provinciale de Québec, en 1892, que cette activité prend son véritable envol. En 1897, la Compagnie acquiert les terrains du site actuel d’Expo Québec. Différents bâtiments y sont construits, ainsi qu’une estrade de 1 000 sièges et une piste de course. Mais l’ampleur des événements et de leur organisation amène la Ville à créer, en 1911, la Commission de l’exposition: à compter de l’année suivante, Expo Québec devient un événement annuel. Bien sûr, le secteur agricole domine avec ses parades d’animaux et concours de toutes sortes, mais les commerçants peuvent également y exhiber leurs produits. L’exposition comporte également un côté spectaculaire et populaire avec son «Midway » (comme on dit à l’époque pour désigner le parc d’attractions) et son «Scenic» (ses montagnes russes, acquises en 1913).

Terrible tuberculose

Au début du 20e siècle, le taux de tuberculose est très élevé à Québec. Pour soigner les gens atteints de cette maladie, on décide de créer l’hôpital Laval, considéré comme le premier établissement consacré aux tuberculeux en Amérique du Nord et l’un des plus modernes de son époque. Les travaux de construction commencent en 1916 et l’institution accueille ses premiers malades en 1918.

Québec et la Seconde Guerre mondiale

En septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne. La France et l’Angleterre déclarent la guerre à l’envahisseur. Quelques jours après, le Canada emboîte le pas. Québec se prépare au pire. Des soldats montent la garde à des endroits stratégiques, tels le pont de Québec, le tracel de Cap-Rouge et les centrales électriques. Du côté industriel, l’Arsenal fédéral, avec ses trois composantes situées sur la côte du Palais, à Saint-Malo et à Valcartier, produira plus d’un milliard de cartouches de 1940 à 1945. Les femmes forment la majorité de la main-d'œuvre, soit 8 000 des 14 000 employés.

On ferme les lumières

Le 9 juin 1941, au signal des sirènes, Québec est plongée dans la noirceur. Il est 22 h. Cet exercice d’obscurcissement vise à assurer une protection maximale. La population doit suivre certaines consignes : éviter de sortir et de circuler en automobile, et bien sûr, éteindre les lumières. Pour faire croire à une véritable attaque, des avions survolent le ciel. À 22 h 25, les lumières se rallument, l’exercice est fini. Les industries jugées essentielles à l’effort de guerre sont toutefois exemptées. Comme le souligne ironiquement Le Soleil, l’Arsenal était facilement repérable.

Ville des Alliés

La Seconde Guerre mondiale est l’occasion pour Québec de joindre le cercle privilégié des villes hôtes des conférences réunissant les chefs de deux des grandes puissances alliées : les États-Unis et la Grande-Bretagne. Elle sera d’ailleurs la seule ville à revendiquer cet honneur à deux reprises, en 1943 et en 1944.


Conférence de Québec, Roger Bédard, Août 1943, Archives de la Ville de Québec.

Tout le monde dehors!

Le 8 août 1943, des événements étranges se passent à Québec. Le Château Frontenac est réquisitionné : les 849 clients sont forcés de quitter les lieux – dont Maurice Duplessis, chef de l’opposition à l’époque. Deux jours plus tard arrive Winston Churchill, premier ministre de la Grande-Bretagne, suivi de peu par le président américain Franklin D. Roosevelt. Au cours de leur séjour à Québec, les deux hommes vont convenir des déplacements des Alliés, notamment du célèbre débarquement de Normandie en 1944.

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